Avec l'hôpital
Le partenariat entre le Festival d’Automne et l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris est né en réaction à la crise sanitaire impactant fortement tout le secteur hospitalier, aussi bien soignantes et soignants que patientes et patients. Dans un contexte de bouleversement, ce partenariat souhaite rapprocher les mondes de la santé et de la culture, et de rendre la culture accessible à des personnes qui en sont souvent éloignées et parfois privées de lien extérieur.
À la faveur d’une convention signée et renouvelée avec l’AP-HP, le Festival d'Automne imagine des actions culturelles au sein même des établissements hospitaliers, en les inscrivant dans le temps long et en donnant carte blanche aux artistes – et ce à plusieurs titres. D’abord, il leur revient de choisir le domaine ou le service qui les intéresse, celui où ils et elles se sentiront le plus à l’aise dans leur rapport aux patient·es et aux équipes, celui qui résonne avec leurs questionnements personnels ou leur démarche artistique. Ensuite, la forme de ces résidences en milieu hospitalier est libre ; elle associe souvent ateliers et représentations de spectacles mais peut aussi prendre la forme d’une radio participative, par exemple, comme en 2023-24 à l’hôpital Trousseau. Enfin, les artistes sont libres de créer ou non une forme à l’issue de cette immersion en milieu hospitalier.
À chaque fois, le Festival s’adapte aux centres d’intérêt comme à l’état d’avancement des recherches menées par les artistes. Parfois, c’est un travail au long cours avec des objectifs précis, parfois ce sont simplement des intuitions.
2 hôpitaux et 4 services accueillant les résidences
2 résidences d’artistes à l’hôpital
12 mois d’immersion à l’hôpital pour chaque résidence
500 heures d’immersion
Chiffres 2024-2025
3 spectacles issus des résidences et présentés lors de l’édition 2024
3 podcasts retraçant les résidences artistiques
4 000 places offertes pour le personnel de l’AP-HP
Pour la saison 2024-25, la chorégraphe Claudia Triozzi a pu être accueillie dans le service de gériatrie de l’hôpital Fernand-Widal (Paris 10e) pour prolonger ainsi un travail entamé depuis plusieurs années dans trois Ehpad en France. Pour ces ateliers, la chorégraphe s’empare de la méthode de la gymnastique adaptée aux personnes âgées, dont elle déploie et organise les outils à sa manière et selon l’âge ou les pathologies des groupes qu’elle accompagne. Il s’agit d’être au plus près de ce que veulent ou peuvent faire les personnes mais aussi d’instaurer un contact simple et franc : « Ce n’est pas uniquement une question de gymnastique, confie Claudia Triozzi, il s’agit aussi de définir quel type d’énergie donner. J’essaie d’être avec eux comme je le serais avec n’importe qui d’autre, c’est-à-dire avec la même énergie, la même franchise, la même façon d’être. »
À l’Ehpad Cousin de Méricourt à Cachan, où elle s’est rendue régulièrement pendant deux ans pour travailler avec un groupe très hétérogène, la chorégraphe a testé des formes d’interaction et des exercices qui seront utilisés dans les autres résidences : se tenir à l’intérieur puis à l’extérieur d’un cercle, faire tomber une balle, déplacer des cônes, tout ceci sous l’objectif de son téléphone. « Cela permet d’avoir une image au plus proche de ce que je suis en train de vivre. Je voulais être pleinement avec eux dans les exercices et en même temps les voir faire, de façon presque instantanée. J’ai tenté d’apporter un regard à la gymnastique adaptée, pour pouvoir transmettre une sorte de liberté d’interprétation. »
Les résidences de Claudia Triozzi dépassent aussi le champ de la gymnastique par un art de l’écoute et de l’échange, qui s’incarne dans l’enregistrement audio d’entretiens, de bribes de paroles ou commentaires. Cette importante matière sonore et visuelle, montée, retravaillée, mise en rythme et en espace, est au cœur du spectacle Pour rien mais dans le bon sens, que la chorégraphe a présenté en novembre 2024 à la Ménagerie de verre à Paris, dans le cadre du Festival d’Automne.
Tel qu’il est présenté alors, le spectacle est nourri par des mois de résidences dans différents Ehpad mais aussi par l’immersion au sein de l’hôpital Fernand-Widal initiée par le Festival, entamée en août.
« L’hôpital, c’est très différent. D’abord parce que mes ateliers s’inscrivent à un moment – après le repas de midi – où plusieurs activités sont proposées chaque jour de la semaine. Je m’intègre donc dans un cadre donné et contraint dans le temps. Ensuite parce que les personnes y ont des pathologies et sont parfois très âgées. Mais certaines ont été très investies et assidues. L’idée est d’élargir un peu le champ de l’espace et du mouvement, même si on est en fauteuil roulant : avec le bras et le regard, on peut aller beaucoup plus loin. À l’hôpital, j’ai pleinement utilisé les objets de la gymnastique adaptée, sans les détourner. Ce sont des exercices souvent assez simples, qui permettent le contact avec l’autre. La question du dispositif – la façon de se placer – est très importante : deux lignes face à face, en arc de cercle, en diagonale etc. Dans leurs déplacements et leurs contacts, il peut y avoir des moments de friction et des scènes amusantes, très humaines. Les stimuler, ce n’est pas se contenter de leur donner des instructions ou des gestes à copier mais les amener à chercher un peu. Par exemple, un exercice consiste à former trois cercles différents et les faire se croiser de façon aléatoire. Il faut trouver des solutions. »
De la douceur et la bienveillance de ces ateliers, de la présence entière et énergique de Claudia Triozzi, émane un sens du temps présent et du moment partagé pour le seul plaisir du vivre ensemble. C’est comme ça qu’il faut comprendre le spectacle de la chorégraphe – qui transmet au plateau cette expérience et ces rencontres – mais aussi son titre. Il est emprunté à une résidente de l’Ehpad Cousin de Méricourt, ancienne orthophoniste, qui se souvenait des émissions de création radiophonique à la fin des années 70, des moments de pure expérience sonore où l’on ne se pose pas la question de la signification mais que l’on reçoit simplement, « pour rien, mais dans le bon sens ». C’est cet endroit de non-attente, ce lieu d’expérience et de travail que recrée Claudia Triozzi à l’hôpital avec cette résidence, que le Festival lui a proposé de prolonger pour une année. Un nouveau temps long pour ajuster encore son regard : « Pour moi, c’est un apprentissage et un regard sur la vieillesse et des nouvelles façons de vivre ensemble. Il faut aller voir pour comprendre. »
Pour aller plus loin
Reportage de l'édition 2024
Contact
Emilie Roffi
responsable des actions artistiques et de la diversité des publics
e.roffi@festival-automne.com
Partenaires
Les actions menées à l’hôpital sont rendues possibles grâce au soutien de Dance Reflections by Van Cleef and Arpels, grand mécène du Festival d’Automne.
La Fondation de France s’associe à l’alliance Culture-Santé en soutenant les résidences et actions artistiques menées à l’hôpital par le Festival d’Automne.
La SACD soutient l’ensemble des actions du Festival d’Automne élaborées et réalisées par des auteurs et autrices.